L’éclairage de Jean Marie Koum Bebey, expert financier.
Comment expliquer l’intérêt des établissements de crédit pour le Cameroun ?
Pour un investisseur qui décide de s’implanter en zone Cemac, le choix du Cameroun s’impose naturellement de manière objective. Sur le plan économique, le Cameroun est un vaste marché qui représente environ 50 % de la population de la sous-région, 33 % du PIB (Produit Intérieur Brut) global et plus de 50% du PIB non pétrolier de la Cemac. Sur le plan financier, la part du Cameroun dans les encours de crédits nets cumulés de l’ensemble de la Cemac s’élève à environ 45 %, il représente également plus de 42 % des dépôts bancaires dans la sous-région. Enfin, sur le plan géographique, le Cameroun est le seul pays frontalier aux cinq autres. Par ailleurs, l’ensemble des projets structurants en vue font du Cameroun une destination de plus en plus attractive.
Pourtant, se posent toujours les problèmes du faible taux de bancarisation et du financement de l’économie …
Effectivement. Avec moins de 200 guichets que compte le réseau bancaire camerounais, ce qui nous ramène à plus de 100 000 habitants par guichet, nous sommes très loin du compte, la norme internationale étant de 5000 habitants pour un guichet. Globalement, le taux de bancarisation est inférieur à 4 %, autrement dit, moins de 4 personnes sur 100 ont accès à un compte bancaire. Ce n’est pas le nombre de banques qui détermine le taux de bancarisation. La faible bancarisation relève d’abord des facteurs systémiques tels que le niveau de développement économique, social, institutionnel et juridique qui détermine l'environnement global et ensuite des facteurs inhérents au secteur bancaire, à savoir : les conditions d'ouverture des comptes, le taux d'intérêt des crédits à la clientèle, la taille même des banques, etc. S’agissant du financement de l’économie, les banques doivent renforcer leurs capacités managériales en particulier, par la maîtrise de la technique d’Asset and Liability Management (ALM) ou Gestion Actif-Passif qui permet de résoudre l’inadéquation de maturité entre les dépôts à court et moyen termes et les besoins en crédits de long terme. Ceci sera un début de solution au paradoxal problème de surliquidités auquel elles font face. Elles doivent également promouvoir des synergies dans la pratique des crédits syndiqués en s’associant de temps à autre dans certaines opérations.
Que faire pour améliorer le taux de bancarisation ?
Il faudra non seulement appliquer des mesures correctives à ces deux groupes de facteurs, mais également stimuler la distribution du micro-crédit qui se révèle d'un apport certain pour l'insertion des populations les plus démunies dans la vie économique. En effet, de par leur proximité et la souplesse de leurs conditions, les établissements de micro-finance constituent pour une grande partie de la population une véritable passerelle vers la bancarisation. L’on peut également s’inspirer de certaines expériences à travers le monde. En France, le législateur a été très actif. Il existe des lois, règlements, de même que des décrets facilitant l’accès des populations aux services bancaires, notamment l'obligation du règlement des salaires en monnaie scripturale et le droit au compte qui oblige les banques à ouvrir des comptes aux personnes qui en font la demande. Aux Etats-Unis, la bancarisation n’est pas basée sur le principe du droit au compte, mais sur la facilitation de l'accès au financement bancaire avec le CRA (Community Reinvestment Act) qui oblige les banques à financer des activités des foyers démunis dans leur zone d'implantation. Un système efficace de notation permet ensuite de faire payer les banques défaillantes et de primer celles qui jouent le jeu : c'est du « play or pay ». Plus proche de nous en Afrique du Sud, entre autres, les banques proposent un compte spécifique sans frais dénommé «mzansi» destiné aux populations les plus démunies.
Quel rôle devrait jouer l’Etat pour réguler et éviter toutes sortes de dérapages ?
Le rôle de l’Etat représenté par l’autorité monétaire en l’occurrence le ministère des Finances, se situe essentiellement en amont. L’Etat s’assure que la banque qui veut s’installer, remplit les conditions requises et sur avis conforme de la Cobac délivre l’arrêté d’agrément. Une fois l’agrément attribué, il revient à la Cobac de veiller au respect des normes réglementaires et prudentielles. Il faut, par conséquent, souhaiter que la Cobac renforce ses effectifs afin d’accroître la fréquence des contrôles sur place en sus des contrôles sur pièces. En cas de manquement à la règlementation, l’autorité monétaire peut retirer l’agrément qu’elle a préalablement accordé.
Les taux d’intérêts peuvent-ils baisser avec cette affluence ?
C’est l’un des leviers sur lequel les banques vont certainement s’appuyer face à la concurrence qui sera de plus en plus rude. Elles devront également être plus créatives en termes de produits et services à proposer à la clientèle en donnant une relative importance au marketing bancaire.
Propos recueillis par EVF





