Finances : Comprendre le boom bancaire…
C’est la grande effervescence dans le secteur bancaire au Cameroun. La fréquence avec laquelle les nouveaux établissements s’installent parle d’elle-même. Par ailleurs, pour les structures qui avaient déjà pignon sur rue, la nouvelle stratégie d’expansion consiste à rapprocher le plus possible le service des usagers. C’est ainsi que dans les grandes villes de Douala et Yaoundé notamment, même les labels les plus prestigieux se sont installés dans les zones populaires. Le centre des villes de Douala et de Yaoundé n’est plus la zone exclusive des banques. Dans le même ordre d’idées, la communication est devenue plus « agressive ». Et les offres de service sont sans cesse plus attractives et avec l’évolution technologique, les prestations sont innovantes. Difficile dès lors de rester insensible face au mouvement perpétuel observé dans le secteur. Le moins que l’on puisse dire c’est que la crise financière, qui a ébranlé le monde il y a quelques mois, provoquant la banqueroute d’un grand nombre d’établissements bancaires, n’a eu que des effets limités au Cameroun.
En effet, avec le nombre d’établissements bancaires qui essaiment le pays, on est tenté de croire que tout va bien. Visiblement au Cameroun, on ne parle pas de faillite. Au contraire, les banques affichent une belle santé et rêvent même de leur expansion. Toujours est-il que la belle santé dont se prévalent les banques tranche avec le sentiment qu’elles inspirent aux usagers. Pour beaucoup de Camerounais les rapports avec les banques restent ambigus. En dépit de réels efforts de communication des établissements bancaires, les usagers ne sont pas rassurés. Et qui dit banque, renvoie forcément à un cycle de « petits » frais perpétuels à payer pour entretenir le compte. Pour finir, l’usager va se voir proposer un crédit aux contours relevant d’un vrai casse-tête. En tout état de cause, le faible taux de bancarisation de la population camerounaise (5 à 7 % de la population active) est révélateur de la méfiance des Camerounais à l’égard des banques. Mais l’émulation dans le secteur, avec l’émergence de nouveaux groupes bancaires, est un gage d’un renversement de tendance. Au demeurant, les banques s’activent pour aguicher le maximum de clients. En outre, le développement des nouvelles technologies est un atout pour toucher le maximum de personnes.
Mais de quel poids pèse réellement le secteur bancaire dans notre économie ? L’expansion des banques et la bancarisation des masses restent subordonnées à la croissance économique. C’est une évidence. Le financement de l’économie, dès lors, est un vrai défi pour les banques au Cameroun. Pour l’instant, il n’y pas d’acquis. Mais le Cameroun semble représenter un bon risque pour bien d’établissements bancaires qui n’hésitent pas à s’installer. La stabilité du pays et les premiers signes de la relance économique après de nombreuses années difficiles devraient également constituer un encouragement pour les banquiers. En attendant le printemps des banques, les Camerounais ont un avis mitigé sur leur impact réel dans le quotidien. Pourtant, il faudrait qu’entre usagers et banquiers règnent une confiance certaine. C’est encore loin d’être le cas. Il y a du travail à fournir. Et incidemment, les banquiers ont du territoire à conquérir.
Banques : ruée vers le Cameroun
Malgré un taux de bancarisation faible, le pays reste courtisé par les établissements bancaires étrangers, un signe évident de son attractivité.
Le secteur bancaire camerounais est visiblement en train de changer. Après une période difficile au début des années 2000, marquée par une profonde restructuration, les institutions bancaires semblent avoir repris une certaine vitalité. Aujourd’hui, c’est la ruée vers le Cameroun des institutions bancaires nationales, africaines et occidentales, notamment françaises. Jeudi 19 août, la Banque gabonaise et française internationale (BGFI) a obtenu l’agrément de la Cobac pour l’ouverture d’une agence à Douala. D’autres banques sont également annoncées dans les prochains mois. Entre autres, Intercontinental Bank of Nigeria, qui figure parmi les cinq premières banques au Nigeria et Oceanic Bank qui, dans les prochaines semaines, devrait définitivement prendre la place d’UBC. Ces deux banques surviennent après l’installation, il y a deux ans, d’Union Bank of Africa (UBA), qui compte déjà une dizaine d’agences à travers le pays, dont quatre pour la seule ville de Douala. La dernière arrivée attendue est la Sud-africaine Skye.
Ainsi, le nombre d’établissements de crédit au Cameroun devrait être porté à plus d’une dizaine. On peut citer entre autres Sgbc, Bicec, Crédit agricole SCB/Attijariwafa, CBC, Afriland First Bank, Citibank, Ecobank, NFC Bank, Standard Chartered Bank, UBA, UBC/Oceanic, Banque Atlantique… Mais curieusement, cette affluence contraste avec le faible taux de bancarisation. D’aucuns jugent même cette présence bancaire excessive pour près de 20 millions de populations dont moins du quart est bancarisable. Peu de Camerounais ont accès aux services bancaires. Selon des experts, cette carence est la conséquence du faible taux de pénétration des banques dans certaines régions. Celles-ci se concentrent dans les grandes métropoles et dans les chefs-lieux de région, en adoptant la même stratégie d’implantation. Pourtant, à l’époque où l’Etat détenait le capital bancaire, les banques étaient à la portée des populations paysannes. Ce qui offrait une couverture plus large. Aujourd'hui, avec les capitaux privés, le compte d'exploitation, ainsi que le produit net bancaire ne permettent pas aux banques de prendre des risques inutiles qui vont alourdir leurs charges d'investissement.
Force est pourtant de constater que le pays demeure attractif. En témoigne les six secteurs porteurs identifiés par le Groupement inter patronal du Cameroun (Gicam). Il s’agit de l’agro-industrie, du bâtiment et travaux publics, du textile, du bois, de l’eau et l’énergie, et enfin les mines. Au cas où des investisseurs potentiels se manifestent, la création d’emplois s’en trouverait multipliée et par ricochet, les banques auraient de nouveaux clients. De plus, le gouvernement a mis sur pied diverses mesures pour améliorer le climat des affaires, avec notamment la mise en place des centres de gestion agréés et les centres-pilotes de formalités de création d’entreprises.
Eric Vincent FOMO
Banques : Concurrence oblige !
Plusieurs établissements financiers se lancent aujourd’hui dans l’ « option proximité » pour se rapprocher de la clientèle.
Elles sortent de terre comme des champignons. Les banques. Au point de devenir des points de repères dans les différents quartiers de Yaoundé où elles s’installent. Après l’agence de Biyem-Assi, il y a quelques mois, Afriland First Bank vient d’ouvrir une nouvelle agence à Mvog-Mbi. Cette banque, comme toutes les autres d’ailleurs, va à l’assaut des clients. L’extension des banques est un phénomène qui prend de l’ampleur. Avec les établissements de micro-finances (EMF), la concurrence est devenue rude.
Selon certains responsables rencontrés ici et là, la multiplication des agences n’est pas fortuite. Répondre aux attentes d’une clientèle toujours grandissante, tenir tête à la concurrence et se positionner dans un marché en plein essor sont le leitmotiv. « C’est parce que nous voulons que nos clients se sentent plus proches de leur banque que nous avons choisi de nous installer ici à Mvog-Mbi », déclare Abdoulaye B, chef de l’agence Ecobank. Il faut préciser que dans la même zone, trois autres banques y ont installé leur agence.
Le carrefour Mvog-Mbi est le lieu parfait qui illustre le boom bancaire. « C’est désormais aux banques d’aller à la conquête de la clientèle. Pour ce faire, il faut choisir un marché favorable comme celui de Mvog-Mbi pour s’implanter », confie un responsable d’United Bank for Africa (UBA), autre banque installée dans la même zone. « Mvog-Mbi est une zone industrielle où nous avons la possibilité de nous rapprocher d’une grande partie de notre clientèle pour éviter qu’elle soit absorbée par la concurrence », rapplique Jean Bernard Mbe, chef d’Agence de Union Bank of Cameroon (UBC). Pour la clientèle, c’est toujours une bonne chose de savoir qu’on a un panel varié. C’est désormais a elle de faire son choix.
Josiane TCHAKOUNTE
Des offres innovantes et diversifiées
Les banques ont largement franchi le seuil de l’épargne et du crédit et proposent des produits de plus en plus pointus.
La signature récente d’un partenariat entre une banque de la place et un opérateur de téléphonie mobile, permet désormais aux clients et à d’autres usagers de cette banque, abonnés à cet opérateur, d’effectuer des transferts d’argent grâce à leur téléphone portable. Un événement qui marque l’engagement des banques à explorer des formules toujours plus novatrices pour la satisfaction de la clientèle. Une clientèle dont les exigences quotidiennes nécessitent une bonne dose de modernité. Epargne et crédit, mais aussi assurance, financements de projets, transferts d’argent et offres spéciales. Les banques embrassent désormais tous les aspects financiers de leurs potentiels clients, sinon presque, avec un accent sur la notion de mobilité.
Déjà, à l’intérieur des produits classiques que sont l’épargne et le crédit, les offres sont également nombreuses. Les clients peuvent par exemple, épargner simplement ou rémunérer leurs liquidités à court terme. Ils peuvent aussi épargner pour leur retraite ou pour la scolarité de leurs enfants. En ce qui concerne les crédits, les banques font tout aussi du sur mesure. Acquérir un terrain, construire une maison, agrandir ou rénover sa résidence ou financer les études de ses enfants donnent chacun droit à une formule de crédit précise.
Des micro-fonds pour les particuliers qui désirent se lancer dans « des activités de toute petite échelle » et des découverts sont également disponibles pour les clients. En matière d’assurances, les possibilités pour les particuliers sont aussi diverses. Les établissements bancaires se proposent ainsi souvent de couvrir : les études supérieures, les formations qualifiantes et la retraite. Un capital-décès et une assurance vie sont également proposés. Les offres des banques englobent aussi le transfert d’argent au Cameroun et à l’international.
Les banques distinguent en général trois catégories de clients : les particuliers, les entreprises et les collectivités. Une formule spécifique est appliquée à chaque groupe. Les produits proposés aux « grandes entreprises » rassemblent : les escomptes commerciaux, les virements à l'étranger, les virements de salaires du personnel pour ne citer que celles-là. Pour les collectivités et les organisations féminines par exemple, la formule de micro-finances est celle qui revient le plus, avec ici aussi, des offres spéciales à la clientèle.
Avec les cartes bancaires et la multiplication des terminaux I-card dans les banques et les grandes surfaces, l’offre bancaire s’adapte davantage aux besoins de mobilité des clients. Une banque propose même des I-pension, c’est-à-dire des I-card pour les pensionnaires retraités. Mais dans cette diversité d’offres, nombre de clients se plaignent du prix à payer. Beaucoup jugent que les prestations bancaires sont diversifiées mais coûtent toujours aussi chères. Selon de nombreux clients, lors de la signature des contrats, le diable est toujours dans les détails. Ils souhaitent dans l’ensemble que les tarifs de « ces offrent qui facilitent la vie » soient revus à la baisse.
Prudence ABOMO
Bank Services : Population Still Feet-Drags
Despite the boom in the banking sector of late, the rate of access to bank services by the public reportedly stands at 8 per cent.
The banking sector in Cameroon is going through a noticeable boom as banks; old and new, local and foreign can be seen opening new branches in the major cities and towns. The territorial expansion of the 12 banks operating in the sector could be interpreted empirically as a success story with the best yet to come.
However, information from the National Institute of Statistics shows that the rate of access to bank services by the public (popularly known in French as “taux de bancarisation”) is relatively low and stagnates around 8 per cent. The inclusion of the microfinance sector takes the rate to 10 per cent. Financial experts attribute this low percentage to the fact that a greater portion of savings and wealth is held, managed and exchanged away from bank channels. Most Cameroonians do not have bank accounts.
According to experts, the rate of access to bank services could be measured by the number of banks in activity; the number of bank branches operating; and the number of bank accounts opened. In countries like France, this rate is more than 100 per cent because of the developed banking culture that allows for persons to hold more than one bank account in several banks.
Reports from the Bank of Central African States, BEAC, and the Central African Banking Commission, COBAC, say the low rate of access to banking services is due to the following factors: lack of trust in the banking system that resulted from the collapse of many banks in the late nineties; high rates of bank charges; low territorial penetration of banks beyond main towns and cities; high minimum amounts required to open bank accounts; low income levels; low literacy rates; sophisticated and digitalised modes of payment; and inadequate responses by banks to the specific needs of some clients. The result has been that, at all levels - rich or poor - more money circulates out of the classical banking network.
However, the situation seems to be changing. The recent growth in the number of banks lends credence to this. Much credit could be given to the boom in the microfinance sector, competition among banks and governments regulatory efforts that have favoured the return of the public’s trust in banking institutions. Through their services and ability to capture even the rural population, microfinance institutions have introduced many Cameroonians to bank accounts and modes of payment or transactions. The competition among banks explains the admirable territorial expansion and outreach of services throughout the national triangle. Government’s efforts to streamline the sector since the nineties have added credibility to those operating in the sector. Furthermore the compulsory payment of civil servant’s salaries through bank accounts and the fixing of minimum creditor interest rates on savings accounts have encouraged even more Cameroonians to own bank accounts. With the imminent creation of a Deposit Guarantee Fund for Central Africa that will reimburse owners of small savings in case their banks file for bankruptcy. There are signs that the rate of access to bank services will rise in the years ahead, especially with the recent introduction of mobile money services and e-banking. Yet, some experts maintain their opinions that only a law, which obliges Cameroonians to use bank accounts for certain transactions or for above certain amounts, could efficiently increase the rate of access to bank services in Cameroon and the CEMAC region.
George MBELLA
L’éclairage de Jean Marie Koum Bebey : « Le Cameroun, c’est plus de 50% du PIB non pétrolier de la Cemac »
L’éclairage de Jean Marie Koum Bebey, expert financier.
Comment expliquer l’intérêt des établissements de crédit pour le Cameroun ?
Pour un investisseur qui décide de s’implanter en zone Cemac, le choix du Cameroun s’impose naturellement de manière objective. Sur le plan économique, le Cameroun est un vaste marché qui représente environ 50 % de la population de la sous-région, 33 % du PIB (Produit Intérieur Brut) global et plus de 50% du PIB non pétrolier de la Cemac. Sur le plan financier, la part du Cameroun dans les encours de crédits nets cumulés de l’ensemble de la Cemac s’élève à environ 45 %, il représente également plus de 42 % des dépôts bancaires dans la sous-région. Enfin, sur le plan géographique, le Cameroun est le seul pays frontalier aux cinq autres. Par ailleurs, l’ensemble des projets structurants en vue font du Cameroun une destination de plus en plus attractive.
Pourtant, se posent toujours les problèmes du faible taux de bancarisation et du financement de l’économie …
Effectivement. Avec moins de 200 guichets que compte le réseau bancaire camerounais, ce qui nous ramène à plus de 100 000 habitants par guichet, nous sommes très loin du compte, la norme internationale étant de 5000 habitants pour un guichet. Globalement, le taux de bancarisation est inférieur à 4 %, autrement dit, moins de 4 personnes sur 100 ont accès à un compte bancaire. Ce n’est pas le nombre de banques qui détermine le taux de bancarisation. La faible bancarisation relève d’abord des facteurs systémiques tels que le niveau de développement économique, social, institutionnel et juridique qui détermine l'environnement global et ensuite des facteurs inhérents au secteur bancaire, à savoir : les conditions d'ouverture des comptes, le taux d'intérêt des crédits à la clientèle, la taille même des banques, etc. S’agissant du financement de l’économie, les banques doivent renforcer leurs capacités managériales en particulier, par la maîtrise de la technique d’Asset and Liability Management (ALM) ou Gestion Actif-Passif qui permet de résoudre l’inadéquation de maturité entre les dépôts à court et moyen termes et les besoins en crédits de long terme. Ceci sera un début de solution au paradoxal problème de surliquidités auquel elles font face. Elles doivent également promouvoir des synergies dans la pratique des crédits syndiqués en s’associant de temps à autre dans certaines opérations.
Que faire pour améliorer le taux de bancarisation ?
Il faudra non seulement appliquer des mesures correctives à ces deux groupes de facteurs, mais également stimuler la distribution du micro-crédit qui se révèle d'un apport certain pour l'insertion des populations les plus démunies dans la vie économique. En effet, de par leur proximité et la souplesse de leurs conditions, les établissements de micro-finance constituent pour une grande partie de la population une véritable passerelle vers la bancarisation. L’on peut également s’inspirer de certaines expériences à travers le monde. En France, le législateur a été très actif. Il existe des lois, règlements, de même que des décrets facilitant l’accès des populations aux services bancaires, notamment l'obligation du règlement des salaires en monnaie scripturale et le droit au compte qui oblige les banques à ouvrir des comptes aux personnes qui en font la demande. Aux Etats-Unis, la bancarisation n’est pas basée sur le principe du droit au compte, mais sur la facilitation de l'accès au financement bancaire avec le CRA (Community Reinvestment Act) qui oblige les banques à financer des activités des foyers démunis dans leur zone d'implantation. Un système efficace de notation permet ensuite de faire payer les banques défaillantes et de primer celles qui jouent le jeu : c'est du « play or pay ». Plus proche de nous en Afrique du Sud, entre autres, les banques proposent un compte spécifique sans frais dénommé «mzansi» destiné aux populations les plus démunies.
Quel rôle devrait jouer l’Etat pour réguler et éviter toutes sortes de dérapages ?
Le rôle de l’Etat représenté par l’autorité monétaire en l’occurrence le ministère des Finances, se situe essentiellement en amont. L’Etat s’assure que la banque qui veut s’installer, remplit les conditions requises et sur avis conforme de la Cobac délivre l’arrêté d’agrément. Une fois l’agrément attribué, il revient à la Cobac de veiller au respect des normes réglementaires et prudentielles. Il faut, par conséquent, souhaiter que la Cobac renforce ses effectifs afin d’accroître la fréquence des contrôles sur place en sus des contrôles sur pièces. En cas de manquement à la règlementation, l’autorité monétaire peut retirer l’agrément qu’elle a préalablement accordé.
Les taux d’intérêts peuvent-ils baisser avec cette affluence ?
C’est l’un des leviers sur lequel les banques vont certainement s’appuyer face à la concurrence qui sera de plus en plus rude. Elles devront également être plus créatives en termes de produits et services à proposer à la clientèle en donnant une relative importance au marketing bancaire.
Propos recueillis par EVF





