Emprunt obligataire. Cette expression s’est imposée, il y a quelques mois, dans le jargon des Camerounais. Jusqu’alors, seuls les spécialistes d’économie ou quelques têtes « bien faites » savaient à quoi renvoyaient ces deux mots. Et voilà qu’au détour d’une annonce faite par le ministre camerounais des Finances, Essimi Menye, le gouvernement camerounais envisageait d’avoir recours à un emprunt obligataire sur la marché financier de la Douala Stock Exchange (DSX) pour équilibrer ses finances quelque peu marquées par les effets de la récession économique mondiale. Comme une traînée de poudre, l’emprunt obligataire s’est imposé dans le jargon camerounais sans toutefois qu’il n’y ait l’assurance que tout le monde comprendrait les tenants et les aboutissants de ce mode de financement de l’économie. Au demeurant, jusqu’ici, on en est toujours dans l’attente de l’aboutissement de l’idée émise par le gouvernement camerounais. Mais aux dernières nouvelles, le dossier est quasiment bouclé et le Cameroun devrait lever une somme de 200 milliards de F, à la Douala Stock Exchange pour booster son économie.
Qu’est-ce donc cet emprunt obligataire qui anime les discussions dans les chaumières ? Si l’emprunt est entendu comme une dette financière à long terme, l’emprunt obligataire de façon spécifique est un emprunt qui naît de l'émission d'obligations - valeur mobilière qui est un titre de créances représentatif d'un emprunt - qui sont réparties entre de nombreux prêteurs. C'est un emprunt réservé aux entreprises importantes qui offrent des garanties suffisantes pour rassurer les investisseurs. A priori, c’est le cas de l’Etat du Cameroun ! Toujours est-il que l’opération d’emprunt obligataire annoncée par le gouvernement camerounais et inscrite dans la loi de finances 2010 ne s’est pas encore matérialisée. Ce retard à l’allumage a ainsi fait couler beaucoup d’encre et de salive dans les médias locaux qui y sont allés chacun de son analyse. Pourtant pour les autorités camerounaises, ce n’est qu’une question de temps « Le Cameroun va faire un recours à la bourse des valeurs immobilières de Douala (DSX) pour y chercher des financements pour des projets structurants annoncés en début d'année par le chef de l'Etat ». Ainsi parlait le ministre des Finances, Essimi Menye, il y a quelques mois. Et ce discours n’a pas changé, pas plus que l’affectation des fonds attendus. Quoiqu’il en soit, l’impatience de certains à voir l’opération se matérialiser la dispute au scepticisme d’autres observateurs avertis (?) qui accordent peu de chance à l’opération.
En effet, l’opération n’est pas sans risque. Pour qu’elle soit couronnée de succès, il doit y avoir des garanties solides. Concrètement le financement public via les marchés financiers impose entre autres, une certaine discipline budgétaire, une capacité de maîtrise des pratiques de marché. Davantage, dans le cas camerounais, il faut espérer que l’emploi des ressources attendues s’assure que seuls les projets à la rentabilité financière et économique claire sont réalisés. Un tout autre usage de ce financement serait périlleux. En tout cas, le gouvernement camerounais semble prendre le temps nécessaire pour ne pas se précipiter dans une opération aux contours complexes. Mais l’option de lever des fonds est irréversible. Le chef de l’État a ainsi signé le 6 septembre le décret qui autorise le ministre des Finances à conduire l’émission de cet emprunt obligataire pour le financement des projets de développement. Le décret présidentiel précise, par ailleurs, que les emplois de l’emprunt obligataire sont soumis à l’appréciation préalable du président de la République. Il y a donc de quoi rassurer les sceptiques et les potentiels investisseurs. En tout cas, il ne s’agit point de rechercher un moyen de résorber le déficit du budget de l’État. Les plus hautes autorités camerounaises ont bel et bien envie de donner un coup de fouet à certains projets structurants. Vivement que cela se matérialise !
Un domaine bien codifié
La souscription à un emprunt obligataire soumet les différents acteurs impliqués dans le processus à l’observance d’un ensemble de règles bien définies.
Un emprunt obligataire se définit comme étant un instrument d’endettement à moyen et à long termes de l’Etat. C’est un emprunt divisé en parts égales (obligations) achetées par des tiers (obligataires) représentés par un organe appelé lamasse. Les obligations sont des valeurs mobilières représentatives de l’emprunt obligataire.
Il existe une procédure et un ensemble de conditionnalités réglementant un emprunt obligataire. Ce dernier est émis suivant une procédure de l’appel public à l’épargne. Les emprunts obligataires peuvent être souscrits par les banques, les établissements financiers, les entreprises et les particuliers. Pour des sociétés de moins de deux ans d’existence, un commissaire aux comptes doit vérifier l’actif et le passif. Les souscriptions se font auprès des banques alors que les placements eux, sont effectués par des sociétés de gestion et d’intermédiation agréées.
Ces opérations se caractérisent par leur forme; leur durée qui va de trois ans à plus; leur valeur nominale encore appelée «le pair» représente le capital emprunté. Dans le but d’offrir un placement financier à des conditions avantageuses, le prix d’émission (prix payé par les prêteurs) est parfois fixé à un montant supérieur au pair. Afin d’offrir un placement à des conditions avantageuses, le prix de remboursement (prix remboursé aux prêteurs) est parfois fixé à un montant inférieur au pair.
On distingue des emprunts à taux fixe et des emprunts à taux variable (indexé sur un indicateur du marché monétaire ou du marché financier). On peut également émettre des obligations à coupon zéro, c’est-à-dire sans intérêt, mais dont le prix d’émission est très inférieur au prix de remboursement. Tout comme il existe des obligations à coupon unique dont les intérêts sont capitalisés et versés en une seule fois lors du remboursement du titre.
Le capital emprunté peut être remboursé de différentes manières. Soit en une fois au terme de la durée de l’emprunt, soit par amortissements constants ou par annuités constantes.
Sainclair MEZING
Gros atouts,grosses contraintes
Pour se lancer dans l’opération, il faut être crédible.
L’emprunt obligataire est une dette financière à longs termes résultant de l’octroi de prêts remboursables et qui participent, concurremment avec les capitaux propres, à la couverture des besoins de financement durable d’un pays ou d’une entreprise. Un emprunt naît de l’émission des titres appelés obligations, inscrites à la bourse des valeurs et achetés par des tiers appelés obligataires. C’est donc un contrat par lequel l’Etat ou une personne morale reçoit en prêt une certaine somme d’argent de la part des souscripteurs des titres émis.
L’emprunt obligataire est un outil moderne de financement de l’économie, à côté d’autres outils comme le financement par les recettes douanières ou fiscales. Dans le cas précis d’emprunt obligataire, plusieurs parties interviennent et à chaque intervention, celui qui sollicite l’emprunt doit avoir des garanties solides. A défaut, doit être émis sur un marché financier dynamique et capable de réagir rapidement pour en assurer le bon déroulement.
La réussite de l’opération est souvent liée à la fixation du taux de rémunération incitative. On a remarqué aussi que les investisseurs susceptibles de souscrire sont attirés par des avantages connexes que l’Etat peut leur procurer : des avantages fiscaux notamment, nous a confié un expert.
Mais pour s’engager, il faut un minimum de crédibilité de la part de l’émetteur des obligations. Car il est difficile pour les investisseurs de faire confiance à un pays ou une structure dont on ne peut pas s’assurer de la capacité à rembourser les sommes issues de l’emprunt obligataire. La transparence, l’environnement des affaires, la bonne gouvernance, le poids de la dette sont ainsi des éléments d’appréciation de cette crédibilité par les détenteurs des capitaux.
Pour le Cameroun, l’option de recourir à l’emprunt obligataire est non seulement un galop d’essai, mais un test de confiance. C’est vrai qu’il y a encore des contingences défavorables, mais des efforts pour rendre l’environnement économique national compétitif et plus sain est aussi notable. L’Etat s’est engagé dans la réduction de son train de vie et une campagne pour maîtriser les consommations de la téléphonie est en cours.
Le pas vers le marché financier doit forcément être franchi. Des exemples des pays de même niveau de développement qui ont une expérience en la matière incite davantage. D’ailleurs, il est inadmissible de compter uniquement sur les ressources fiscalo-douanières pour financer les grands projets structurants identifiés et dont les coûts de financement atteignent même les 500 milliards de Fcfa. Le marché financier offre des facilités dans un contexte où le secteur bancaire classique se montre peu enthousiaste. Bien sûr, le prévenait Manga Akoa, enseignant d’université en début d’exercice budgétaire, pour l’Etat, l’exercice est un couteau à double tranchant : si les fonds mobilisés sont affectés à des projets porteurs, ils produisent. Si les projets sont foireux ou l’épargne dilapidée à des niveaux divers, c’est la débâcle !
Jeanine FANKAM
Martin Abega: « Il faut savoirà quoi servira cet emprunt »
« L’emprunt obligataire étant un mode de financement classique, on ne peut de prime abord que se féliciter de ce que l’Etat ait décidé d’y recourir pour mobiliser une partie de l’épargne nationale. Reconnaissons néanmoins que le retard qu’accuse cette opération pourtant annoncée depuis le début de l’année pourrait poser problème dans la mesure où tout emprunt de ce genre doit être concrétisé dans un cycle financier parce que les investisseurs placent logiquement leurs ressources à une date ultime donnée dans l’année et en vue d’un intérêt annuel. Par ailleurs, l’incertitude qui plane sur l’utilisation des ressources de cet emprunt est source d’interrogations pour le secteur privé. On aurait, en effet, souhaité qu’à l’exemple des autres pays, ce financement soit orienté vers la réalisation d’un projet précis que chacun pourrait identifier et localiser au besoin. De fait, l’un des facteurs cardinaux du succès d’un emprunt est la connaissance de ce à quoi il servira. La campagne de communication qui sera probablement déclenchée doit, par conséquent, prendre en compte le volet lisibilité de l’opération dans le cadre d’une bonne gestion de projet. A moins qu’au regard du cycle financier dont j’ai tantôt parlé, on décide de fixer un taux d’intérêt élevé en guise d’incitation. »
Propos recueillis par E.V.F.
Côte d’Ivoire: An Example to Emulate
Despite socio-political instability this West African country has made use of bond sales to finance parts of its budgets since 2002.
In 2002, the Republic of Côte d’Ivoire issued government bonds for a three-year period (2002-2005) on the national and international markets to raise FCFA 30 billion at an interest rate of 7 per cent. The state finally raised FCFA 63,978,330,000. In 2003, another bond sale process was launched with the issuance of government bonds at an annual interest rate of 6,50 per cent for the 2003-2006 period to raise FCFA 30 billion but finally raised FCFA 40,403,329,000 despite social and political unrest that started on September 19, 2002. Both bonds were reportedly repaid by the state in 2005 and 2006, respectively. The quest for resources to implement its 2005 budget obliged Côte d’Ivoire to, once more, issue bonds for sale on the international market to raise FCFA 40 billion but finally got subscriptions for FCFA 86,133,610,000. The country’s economic potential and credibility accounted for the positive response from investors.
In Cameroon, the Presidential Decree of September 6, 2010 instructed the Minister of Finance to raise the sum of FCFA 200 billion through the sale of government bonds at the Douala Stock Exchange, DSX, to fund some ongoing development projects earmarked under the 2010 budget. That could have been perceived by many as unusual and even unjustified. In reality, Cameroon has just made use of a budget policy adjustment mechanism that had already been adopted by other countries to borrow money from economic operators and sustain the execution of an ongoing budget.
Coincidentally, on September 7, 2010, the President of the European Commission, José Manuel Barroso, called on the European Union member countries to consider using government bonds to speed up the construction of infrastructure in Europe.
Back on the African continent, Gabon recently raised FCFA 85,5 billion, close to its FCFA 100 billion target through a bond sale exercise that spread out to economic operators in the CEMAC zone. Other examples include Senegal, Ghana and the Republic of South Africa. South Africa plans to raise more than FCFA 2,600 billion through bond lending.
George MBELLA
Simplot Kwenda:« L’emprunt devrait soulager les finances publiques mises à rude épreuve » consultant, directeur du cabinet Money Links.
Quel est l’intérêt pour l’Etat du Cameroun de recourir au marché financier pour un emprunt obligataire ?
Il n’est pas sans intérêt de rappeler que, s’il demeure peu usité en Afrique centrale, le recours au marché financier local pour lever des ressources obligataires est une pratique très courante dans nombre de pays africains. En y recourant, le Cameroun dont le crédit et la signature s’y prêtent, place dorénavant la gestion de ses finances publiques dans une perspective de marché. Avec le marché des effets publics de la BEAC, la DSX et même (pourquoi ne pas l’envisager) la BVMAC, le Cameroun dispose des infrastructures de marché qui lui permettent de mobiliser des ressources financières indifféremment des échéances, allant du jour le jour au long terme. Or justement, le financement public via les marchés financiers est un exercice complexe, qui véhicule des exigences de discipline budgétaire, de robustesse institutionnelle et fonctionnelle des administrations financières et de capacité de maitrise des pratiques de marché. Une bonne préparation accroît les chances de succès des émissions publiques sur la durée ; d’autant qu’un Etat qui présente une bonne maîtrise des opérations et entretient un bon relationnel avec les marchés financiers s’enrichit de la confiance des investisseurs aux financements desquels il peut accéder aussi souvent que ses besoins de développement le commandent.
Que peut apporter cet emprunt obligataire de 200 milliards de Fcfa à l’économie nationale ?
Au niveau des finances publiques, l’emprunt a lieu au moment où l’Etat traverse une crise de trésorerie. Il devrait certainement apporter un soulagement aux finances publiques mises à rude épreuve. Corrélativement, l’emprunt envisagé devrait accroître le stock de la dette publique, provoquant mécaniquement une hausse des déficits structurels de l’Etat. Etant donné les coûts de sortie (tirés par les taux d’intérêt et les frais de marché) élevés comparativement aux prêts concessionnels, les coûts de financement de l’Etat s’en trouveront renchéris de manière sensible.
Au regard de l’Epargne nationale, une sensibilisation parfaite permettrait d’intéresser les Camerounais de toutes les classes sociales ; ce qui pourrait contribuer à la ?désinformelisation? d’une frange de l’épargne pour le financement du développement. Les institutionnels y tireront de la matière pour la valorisation de leurs actifs, si les conditions de taux et de durée s’y prêtent. Toutefois, sous la réserve des orientations de structuration qui seront retenues par le syndicat des arrangeurs, le taux d’épargne sur livret devrait être affecté au profit de l’épargne en valeurs mobilières ; de même qu’on pourrait noter une décollecte plus ou moins significative sur les supports d’épargne contractuelle, tels que l’assurance – vie. A l’évidence, si les stratégies de placement retenues sont pertinentes, on pourra constater un impact réel sur les choix d’allocation des ménages mais aussi des institutionnels. La raison est simple : l’offre des produits d’adossement pour les actifs des ménages et des institutionnels est rare ; ces derniers, très enclins à profiter des avantages fiscaux de ce type de produit savent pouvoir trouver dans la tendance haussière de la courbe des taux, une aubaine.
Au plan socio – économique, l’usage fait des ressources mobilisées pourrait constituer un levier de l’amélioration du bien – être des populations et de relance de la vie des affaires. Le gouvernement affirme que les capitaux mobilisés seraient affectés au financement des investissements publics ?structurants?. Il faut espérer que l’emploi de ces ressources privilégie les projets dont la rentabilité financière et socio-économique est clairement appréhendable. Le financement boursier est impropre à d’autre usage. Il importe qu’à terme, le service de la dette obligataire soit financé de façon directe ou indirecte par le projet sous-jacent.
Et à la vie de la bourse elle-même ?
En rapport avec la bourse des valeurs, la capitalisation boursière obligataire devrait connaître un bond significatif ; ce d’autant que, seul à ce jour l’emprunt SFI anime ce compartiment de la côte officielle. Les revenus de la bourse et de tous les prestataires affiliés s’en trouveront autant améliorés, étant entendu que leur rémunération est adossée sur les actifs transigés ou en conservation. Toutefois, bien que constituant une opportunité réelle pour le marché boursier camerounais, l’emprunt envisagé peut tout aussi être un vecteur de risque pour la DSX. En effet, l’institution boursière s’en trouve érigé en un instrument de décompte du crédit et de la signature de l’Etat. Ses infrastructures techniques et réglementaires doivent être suffisamment performantes et sécurisées pour limiter les expositions de l’Etat aux attaques boursières de tout ordre dans de conditions de marché liquide, fiable et transparent.
Propos recueillis
par Eric Vincent FOMO





