Matricule, quand tu nous tiens…
Armand M. a encore échoué au concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure de Maroua cette année. Pourtant, ce jeune de 28 ans, licencié en lettres, s’est déjà forgé une identité dans ce métier dans des collèges de la place. « J’ai toujours aimé ce métier, mais malheureusement, malgré mes constants efforts, je ne parviens pas à réussir aux concours alors que les épreuves sont généralement abordables », témoigne le jeune homme. Certes, il se dit être intéressé par le concours de l’ENS parce qu’il aura un matricule, mais davantage, parce qu’il veut exercer le métier qu’il a toujours aimé.
Si les intentions qui animent Armand sont nobles, ce n’est pas le cas pour certains jeunes, dont la simple motivation reste l’attrait du matricule de la Fonction publique. « Le regard que la société porte sur l’enseignant a emmené certains jeunes ambitieux à considérer ce métier comme mineur. Mais compte tenu de la situation précaire et difficile de l’emploi, ils font tout pour réussir au concours, sachant qu’ils auront une base financière minimale, mais après, ils essaient de s’épanouir et de s’émanciper y compris en devenant même des hommes d’affaires », témoigne un enseignant de Douala. Pour lui, la responsabilité incombe à l’Etat qui devrait assurer les conditions optimales pour que les éducateurs, enseignants et autres partenaires jouent pleinement leur rôle.
Un autre enseignant rencontré, lui, trouve normal que le métier d’enseignant attire autant de nombreux jeunes. « Chaque année, plus de 1000 enseignants sortent des écoles normales supérieures du pays. Aucune autre grande école de la République ne recrute autant de jeunes par an. Ce chiffre démontre que le secteur de l’enseignement est l’un des plus grands pourvoyeurs d’emplois aux diplômés du supérieur. Il est donc normal que les jeunes se bousculent pour obtenir un matricule, sorte de garantie pour la vie », confie ce proviseur et ancien censeur. Selon lui, ce regain d’enthousiasme pour l’enseignement s’explique par les augmentations de 15% dans les salaires des fonctionnaires décrétées par le chef de l’Etat en 2008.
Jean Jules Ebongue Ngoh, le délégué régional des Enseignements secondaires pour le Littoral a son idée sur la question : « Les enseignants d’aujourd’hui, plus que ceux d’hier, doivent prendre conscience de ce que la société de demain sera le reflet de leur manière de travailler. Et par conséquent, ils doivent tout faire pour offrir de meilleurs enseignements aux élèves et au public. Certains n’ont pas la vocation, mais ils peuvent l’acquérir par la suite. D’autres ont la vocation, mais n’ont pas la possibilité de devenir enseignants. Ceux qui enseignent doivent savoir que la vocation vient après la convocation ». Dont acte.
Eric Vincent FOMO





