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Enseignants: entre vocation et nécessité

Index de l'article
Enseignants: entre vocation et nécessité
Between Vocation and Quest for Money
Instituteurs, parents pauvres du système
Private Classes: Inevitable Source of Income
Matricule, quand tu nous tiens…
Pr. Nicolas Gabriel Andjiga:
Toutes les pages

Un mois après la rentrée scolaire, voici à nouveau les enseignants sous les feux des projecteurs. La 17è journée internationale consacrée à ce corps de métier se célèbre ce mardi sous le thème « La reconstruction passe par les enseignants ». Occasion de « rendre un vibrant hommage à ceux à qui incombe la lourde et délicate mission d’éducation et de formation des ressources humaines », comme le dit si bien un communiqué du Secrétaire d’Etat à l’Education de base, parvenu à la rédaction de CT. C’est clair, la journée a été instituée en signe de reconnaissance à ce corps qui façonne les hommes et femmes qui font la société. Et nous ne saurions nous situer en marge de ce mouvement. Nul ne saurait en effet contester à l’enseignant la place centrale qu’il occupe.

Seulement, il faut bien le reconnaître : le métier n’est vraiment plus ce qu’il était il y a 17 ans. Et même plus loin encore. Tous les aînés vous diront toute la vénération qu’ils avaient pour leur maître. Dépositaire du savoir, substitut valable des parents restés à la maison. Bref, formateur de l’homme dans son intégralité. En 2010 malheureusement, le maître, le professeur n’exerce plus du tout la même magie sur ses élèves. Pourquoi ? Réponse facile : les temps changent.

D’accord, c’est une généralité. Mais il faut reconnaître qu’elle cache bien la réalité. Au Cameroun, le corps des enseignants ressemble à une population hétéroclite. Où l’on retrouve encore – heureusement - des individus arrivés par vocation et par amour de la profession. Mais aussi un nombre important d’autres qui n’avaient pas d’autre choix. Ou qui ont fait ce choix avec une idée précise derrière la tête : celle d’y trouver un refuge sécurisé, assurés de leur pitance quotidienne, quel que soit le rendement fourni. Comme on le sait, les Ecoles normales supérieures restent l’une des voies pour un emploi garanti dans la Fonction publique. Du coup, il est compréhensible que certains s’y aventurent sans avoir la fibre enseignante. Dieu merci, beaucoup finissent par s’adapter et même carrément à aimer cette profession.

En attendant l’invention d’un instrument de mesure de la vocation, seule la pratique quotidienne du métier nous sert d’indicateur. Où l’on distingue très vite les amoureux de la craie – qu’on dit de moins en moins nombreux – et les chasseurs de matricule. Ces derniers sont devenus enseignants par nécessité, pour leur survie. Et pour eux, qui paraissent bien plus nombreux que ne le reconnaissent les responsables d’écoles normales, l’essentiel est d’entrer et ressortir de l’ENS. Après, on ne peut jurer de rien. Surtout pas de leur conscience professionnelle. Pour ces enseignants par survie, le revenu offert par le fameux matricule s’avère vite insuffisant. Et les voilà qui multiplient les sources, sans forcément s’améliorer professionnellement. Résultat : course aux vacations, aux cours de répétition, aux détachements dans des administrations prétendument plus « juteuses »…

Qu’on se comprenne bien : l’enseignant lui aussi a le droit d’arrondir ses fins de mois comme tout le monde. Surtout lorsqu’il parle sans cesse de « salaire de misère » pour évoquer son traitement que d’autres lui envient pourtant. Mais que cela se fasse au détriment de l’élève, pose problème. La formation s’est-elle adaptée aux problèmes éthiques qui minent la société camerounaise ? On ne dirait pas, vu le comportement de certains enseignants, qu’on voit par exemple au bar en face du lycée, en compagnie de leurs élèves.

A la fin de cette autre journée de l’enseignant, on aura certainement entendu la même rengaine : il faut revaloriser le statut de l’enseignant. D’accord. Mais que tout le monde s’y mette. A commencer par les concernés eux-mêmes.


Between Vocation and Quest for Money

While some teachers crave to pass on knowledge,others are more concerned about enriching themselves.

Teaching is a noble profession, they say. But the image of this noble profession has been dragged into mud the recent past in Cameroon. Gone are the days when teachers were highly respected in the society as they now are looked upon as the underdogs owing to their economic status and the deviant attitude of some of them. The remuneration of teachers may also leave much to be desired, though they fall within the same category like other civil servants. Owing to this, the tendency is that society has always tended to relegate them to the background, especially when, they commune with the other category of persons. This, people say, is because of their nature; always complaining, suffering from complex and pushing the society to look down on them.

When teachers were venerated in the past, it was because they use to conduct themselves with dignity, taking pride in seeing their students become successful in life. They derived pleasure from passing on knowledge though this has always been accompanied by a package at the end of the month. Given that there were a wide variety of options to choose from, those who opted for teaching, did so out of love for the job. However, with the advent of the economic quagmire in the country leading to a freeze in employment opportunities, many people chose teaching, just as a means of earning a livelihood. The pecuniary motive therefore superseded the professional drive. Upon graduation from school, young teachers board the planes for Europe or America to seek greener pastures as soon as they receive the financial package to enable them settle down in the job. Those who stay in the country refuse to go and serve in rural areas. Those who accept to do the job come up with all sorts of pranks to make money, selling lesson notes to students in the name of pamphlets. Some are more interested in business ventures than passing on knowledge in the classroom. Many believe that this attitude from some of the teachers has led to a drop in academic standards in the country.

The excuse given by most teachers for this low state of the profession is that the wages are low and they have to be involved in one economic activity or the other, to make ends meet. This excuse though justified can be wiped out with the back of the hand in that they were aware of the wages before joining the profession.

Victorine BIY


Instituteurs, parents pauvres du système

Beaucoup de parents se demandent toujours, pour les féliciter, comment les maîtresses de maternelle réussissent à transformer les tout petits en peu de temps. Mais surtout comment elles font pour supporter, en longueur de journée et d’année, des enfants de tous horizons dont elles s’occupent. Et pour quels traitements ! « Il y a des parents qu’on ne voit plus jusqu’à la fin de l’année scolaire », déplore Martine Evina, responsable d’un classe maternelle. Mais s’il ne s’agissait que de la reconnaissance des parents, les instituteurs le supporteraient plus facilement.

En effet, d’une manière générale, comparés à leurs confrères des lycées et collèges, les instituteurs n’en mènent pas large, côté carrière, opportunités, et même rémunération. Si les diplômés des écoles normales supérieures sont directement intégrés à la Fonction publique, ceux des ENIEG en sont, toujours, à espérer une contractualisation qui n’arrive pas toujours. Et quand elle arrive, elle donne droit à un salaire pas souvent à la mesure du travail abattu. L’instituteur tient la même classe en longueur de journée et dispense des leçons aussi variées que le français, les mathématiques, la morale, l’environnement, etc. gagne quasiment la moitié du salaire de son collègue du secondaire qui ne reste jamais plus de deux heures avec les mêmes garnements. Alors que le premier est occupé tous les jours ouvrables, le second, fonctionnaire de catégorie A2, se retrouve souvent seulement avec trois jours de cours sur les cinq de la semaine. Et il trouve encore le moyen de vouloir arrondir les fins de mois.

C’est ainsi que les répétitions sont organisées çà et là pour ceux du secondaire, quand les parents des enfants du primaire estiment qu’ils peuvent encore suivre leurs enfants à la maison. Pour ce qui est des vacations, ce n’est même la peine de les évoquer pour les maîtresses et maîtres qui ont souvent la chance de travailler par paire dans certaines écoles. Pour certains enseignants l’une des sources de motivation continue est de savoir qu’il y a des enfants qu’ils ont positivement marqués et qui, des années plus tard, les reconnaissent à un coin de rue en leur rappelant quand ils sont passés dans leur classe. Parce que souvent après dix ans ou plus, ils sont toujours soit dans la même salle de classe, soit dans la même école alors qu’ils auraient pu laisser tomber la craie et le tableau et se retrouver dans un autre secteur d’activité plus florissant.

Jocelyne NDOUYOU-MOULIOM


Private Classes: Inevitable Source of Income

Teaching is a profession that has attracted a good number of Cameroonians in recent years. The profession commands respect and the teacher plays an important role in the life of any individual. Today many people join the profession not because it is their vocation but due to the fringe benefits that could be derived from it. Paddy Meh, a teacher in Yaounde is extremely busy since the beginning of the academic year last September. He was busy giving extra lectures in a primary school campus last Friday at about seven p.m. He said he teaches after the normal working hours because his monthly salary cannot take care of the needs of his family. Moreover, he teaches only two hours a week so he has enough time to make more money. According to him, classes begin at 5:30 p.m. and close at 7:30 p.m. daily.

Some teachers give extra lectures in several schools to end up with a big package at the end of the month. “Life is not easy. With our small salaries we cannot help ourselves,” he said. This is the case with many teachers in the country today. Private classes are organised in school campuses and some in private homes. Another teacher, Johnson N. said he organises private classes in his home to enable him make ends meet. According to Johnson, the private classes are not only meant for brisk business but they help children to succeed in their final year examinations. Children preparing for the First School Leaving Certificate pay FCFA 5000 per month and they receive lectures three times a week. The prices range between FCFA 5000 to FCFA 10,000 for secondary school children.

Toupou Mama, founder of Groupe Esperance Education, one of the famous teachers in private classes in town said he is specialised in the sector. He said after university education, he decided to make private classes his career. The school has six teachers and according to him, the objective is to help improve the knowledge of the children. The school, according to him prepares children for the CEP, BEPC and the Baccalauréat examinations. He said the children preparing for CEP pay FCFA 5,000 per month while candidates for BEPC and BAC pay FCFA 10,000. He says his vocation is to train the children and not to make money. “There is nothing as training and bringing up other young people. I will be happy to see 1000 Cameroonians that I have trained in future,” he said.

Elizabeth MOSIMA



Matricule, quand tu nous tiens…

Armand M. a encore échoué au concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure de Maroua cette année. Pourtant, ce jeune de 28 ans, licencié en lettres, s’est déjà forgé une identité dans ce métier dans des collèges de la place. « J’ai toujours aimé ce métier, mais malheureusement, malgré mes constants efforts, je ne parviens pas à réussir aux concours alors que les épreuves sont généralement abordables », témoigne le jeune homme. Certes, il se dit être intéressé par le concours de l’ENS parce qu’il aura un matricule, mais davantage, parce qu’il veut exercer le métier qu’il a toujours aimé.

Si les intentions qui animent Armand sont nobles, ce n’est pas le cas pour certains jeunes, dont la simple motivation reste l’attrait du matricule de la Fonction publique. « Le regard que la société porte sur l’enseignant a emmené certains jeunes ambitieux à considérer ce métier comme mineur. Mais compte tenu de la situation précaire et difficile de l’emploi, ils font tout pour réussir au concours, sachant qu’ils auront une base financière minimale, mais après, ils essaient de s’épanouir et de s’émanciper y compris en devenant même des hommes d’affaires », témoigne un enseignant de Douala. Pour lui, la responsabilité incombe à l’Etat qui devrait assurer les conditions optimales pour que les éducateurs, enseignants et autres partenaires jouent pleinement leur rôle.

Un autre enseignant rencontré, lui, trouve normal que le métier d’enseignant attire autant de nombreux jeunes. « Chaque année, plus de 1000 enseignants sortent des écoles normales supérieures du pays. Aucune autre grande école de la République ne recrute autant de jeunes par an. Ce chiffre démontre que le secteur de l’enseignement est l’un des plus grands pourvoyeurs d’emplois aux diplômés du supérieur. Il est donc normal que les jeunes se bousculent pour obtenir un matricule, sorte de garantie pour la vie », confie ce proviseur et ancien censeur. Selon lui, ce regain d’enthousiasme pour l’enseignement s’explique par les augmentations de 15% dans les salaires des fonctionnaires décrétées par le chef de l’Etat en 2008.

Jean Jules Ebongue Ngoh, le délégué régional des Enseignements secondaires pour le Littoral a son idée sur la question : « Les enseignants d’aujourd’hui, plus que ceux d’hier, doivent prendre conscience de ce que la société de demain sera le reflet de leur manière de travailler. Et par conséquent, ils doivent tout faire pour offrir de meilleurs enseignements aux élèves et au public. Certains n’ont pas la vocation, mais ils peuvent l’acquérir par la suite. D’autres ont la vocation, mais n’ont pas la possibilité de devenir enseignants. Ceux qui enseignent doivent savoir que la vocation vient après la convocation ». Dont acte.

Eric Vincent FOMO


« La société doit aider l’enseignant à rester un modèle »

Pr. Nicolas Gabriel Andjiga, directeur de l’Ecole normale supérieure de Yaoundé.

Face à la ruée des candidats à l’Ecole normale et lorsque que observez vos élèves par la suite, pensez-vous que c’est vraiment par vocation qu’ils veulent être enseignants ?

Oui, je crois ! Dans tous les cas, sans vocation vous ne tenez pas. Parce que chaque jour, vous devez entrer en classe, avoir quelque chose à dire à vos élèves, quelque chose de pertinent, de conforme au programme et qui respecte l’actualité scientifique. Ce n’est donc pas un métier de mercenaire. C’est pratiquement le berger qui chaque jour, amène son troupeau au pâturage. Si vous y entrez sans vocation, vous en ressortez rapidement. Cela dit, le nombre croissant de jeunes qui viennent pour le concours est proportionnel au besoin en enseignants. Par conséquent, cette ruée à l’Ecole normale pour nous est une bonne chose. Au moins comme ça, on peut faire le choix des meilleurs. Maintenant, l’enseignement est un métier si prenant qu’on peut comprendre que quelque fois, malgré la vocation, pour des raisons extraprofessionnelles, certains puissent se fatiguer.

Donc, selon vous, la course aux écoles normales n’est pas une course au matricule ?

On ne peut pas le dire aussi facilement. Premièrement, les temps ont changé. Cette-à-dire qu’avec l’arrêt de recrutement dans les autres corps, les enseignants partaient chercher des postes ailleurs. En réalité ce sont les autres ministères dans le besoin qui venaient chercher les enseignants. Il y a donc eu ce prisme où, le recrutement des seuls enseignants a entrainé que la Fonction publique cherche les fonctionnaires là où ils étaient. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. C’est donc pourquoi je ne crois vraiment pas qu’il y ait aujourd’hui une course au matricule. Pensez-vous que le passage à l’école normale suffit pour faire un enseignant digne de ce nom ?

La tâche de l’enseignant est visible. Elle n’est ni fictive, ni virtuelle. Un enseignant ne peut pas tricher. Enseigner est si restrictif que si vous n’êtes pas bon, vous aller cesser de vous-même et très vite. C’est pourquoi c’est un métier de vocation. Les brebis galeuses ne sont pas nombreuses sinon on les verrait. Maintenant, à l’Ecole normale, il y a de plus en plus une campagne contre tout acte déviant. La tricherie notamment. Dès que vous êtes pris, c’est le conseil de discipline et l’exclusion directe. On ne veut pas faire de grosses publicités dessus pour qu’il n’y ait pas la double faute. C’est-à-dire une faute académique et une faute sociale qui jette l’opprobe sur les gens. Mais c’est clair, à l’école normale, la première chose qui est non seulement théorique mais pratique, c’est qu’il est interdit d’avoir un comportement déviant sous peine d’être exclu de l’école. Autre chose qu’il faut savoir c’est que l’enseignant n’est pas une monade. L’enseignant n’est pas un corrompu sans corrupteur. Il faut que la société aide ce modèle à le rester. Il y a des parents qui demandent des choses horribles à l’enseignant, à se demander s’ils jouent vraiment le rôle de parents et de partenaires à l’éducation. On attend de l’enseignant qu’il soit un modèle et je puis dire qu’il l’est. Mais il revient aux autres de l’aider à le rester. Pour me résumer, à l’école normale, il n’y a pas seulement une formation théorique à l’éthique, il y a surtout des sanctions.

Si on questionnait la formation de façon générale. A votre avis, qu’est-ce qu’on pourrait y ajouter ?

L’Ecole normale a des formations théoriques pour que les connaissances restent à jour. Il y a aussi la formation pratique, qui se fait par des stages d’imprégnation. Quelque fois, on peut parler des équilibres. Faut-il une théorie plus longue avant la pratique ? Faut-il plus de pratique après la théorie ? Faut-il théoriser la pratique ou faut-il pratiquer la théorie ? Dans tous les cas l’Ecole normale est à la recherche de cet équilibre entre théorie et pratique. Deuxièmement, il y a l’aspect moral. Sans arriver à une obsession, on peut toujours améliorer le module de comportement moral. Je souhaite qu’on ne prenne pas ces problèmes, ces équilibres théorie pratique et morale comme un problème interne à l’Ecole normale, parce que c’est un problème de l’employeur aussi. Que par exemple les salaires soient là à temps pour que les gens n’aient pas à se servir d’autres ressources pour vivre. Bref, il s’agit là de trois composantes qui à mon sens, devraient être améliorées pour maximiser la formation.

N’y a-t-il pas aussi un problème de formateurs ? Vu que les écoles normales se multiplient au Cameroun.

Il faut déjà savoir qu’il y a un gros besoin d’enseignants dans notre pays. Parce que les gens ont souvent l’impression qu’il y a trop de personnes en formation dans les écoles normales. Ce n’est pas vrai, il n’y en a pas trop. Deuxièmement, un licencié qui passe par l’Ecole normale avant d’aller sur le terrain sera forcement un meilleur enseignant. Néanmoins, oui, on a des besoins d’enseignants pour améliorer l’encadrement, pour rentrer dans les normes d’instruction. Mais, cela étant dit, cette formation à l’heure actuelle n’est pas mauvaise.

Propos recueillis par Félicité BAHANE N.

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