Un combat permanent
Avec un remarquable sens du détail, le rapport 2009 sur l’état des droits de l’homme au Cameroun met en exergue plusieurs cas de violation des droits de l’homme dans des secteurs variés comme la justice, les forces de l’ordre notamment la gendarmerie et la police, l’univers carcéral etc. En même temps, il répertorie les sanctions prises à l’encontre des responsables identifiés et convaincus de ces atteintes aux citoyens bafoués dans leurs droits. Le rapport ne prétend pas à l’exhaustivité dans l’inventaire des cas de violation des droits de l’homme au Cameroun, toutes les situations de cette nature n’étant pas portées à la connaissance des autorités compétentes ou n’ayant pas de suite administrative ou judiciaire.
Comme les précédents, ce rapport est cependant illustratif d’une réalité : le Cameroun n’est ni un enfer, ni un paradis, s’agissant notamment des droits de l’homme. Le faire observer ne relève aucunément d’un raccourci pour occulter les problèmes réels et connus, à l’instar de la surpopulation carcérale et ses conséquences néfastes sur les conditions de vie des prisonniers.
Les défis à relever pour le respect des droits de l’homme sont multiples. Ils ne se limitent pas à la sphère politique, à la liberté d’expression. Ils s’étendent à ce qui est qualifié aujourd’hui de « nouveaux droits de l’homme », particulièrement les droits économiques, sociaux et culturels comme, par exemple, le droit au travail, à un logement décent, à l’eau potable, à l’éducation… Au fond, quelle est la valeur des droits de l’homme pour le chômeur qui a faim et soif, qui n’a pas de maison ?
Le respect des droits de l’homme ne doit être l’apanage exclusif de l’Etat. C’est aussi une exigence pour chaque citoyen, chaque personne morale privée ou publique.
Les efforts entrepris par l’Etat pour fixer et améliorer le cadre juridique et institutionnel, en relation avec les partenaires nationaux et internationaux, sont relevés et appréciés par les experts. Le nouveau code de procédure pénale, dont la maîtrise par les acteurs de la machine judiciaire et la vulgarisation auprès des citoyens demeurent encore un vaste chantier bien qu’entamé, est révélateur de ces efforts. De multiples séminaires de formation et de recyclage sont organisés à tous les niveaux par l’Etat et des partenaires nationaux ou internationaux, à l’attention des chefs d’unité administrative, des responsables de la justice, des forces du maintien de l’ordre, des responsables des prisons… dans la perspective de faire connaître et d’assurer le respect des droits de l’homme.
Si les écarts observés entre les normes édictées et les violations des droits de l’homme sur le terrain sont parfois à tort ou à raison imputés à l’Etat, ils sont davantage encore le fait d’individus plus ou moins bien placés dans la société, ignorants ou volontairement dédaigneux de la dignité humaine. Il en est ainsi des membres des forces de l’ordre qui passent à tabac des prévenus pour obtenir des aveux, du mari qui inflige un traitement inhumain à son épouse, du tuteur qui viole sa pupille, du père qui tente de déshériter ses enfants… Les mauvaises habitudes qui ont la peau dure, comme de multiples pesanteurs socio-culturelles et économiques constituent encore des freins pour le respect des droits de l’homme parfois considéré à tort comme un concept importé. Si la culture du respect des droits de l’homme apparaît, au fil de l’histoire, comme un combat permanent,une œuvre de longue haleine acquise dès le bas âge en famille et à l’école, elle est aussi une profession de foi d’une société en l’homme, société prête à dénoncer systématiquement tout abus d’où qu’il vienne. Car il est question de la reconnaissance et du respect de la dignité de chaque homme.
ESSAMA ESSOMBA





