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| Routes: Pourquoi le sang coule |
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Janvier 2003 : 32 morts à Ebombe. Mars 2009 : 20 morts à 30 km de Douala, sur l’axe menant à Yaoundé. Juin 2010 : 47 morts près de Bafia. Novembre 2010 : 14 morts sur l’axe Nkongsamba – Ndoungué. Février 2011 : 30 morts à Boumnyebel. Les jours précédents, c’est une famille de sept personnes qui s’est éteinte à Pouma. Un mois environ auparavant, sur le bord de cette même route, c’est une mère qui pleurait son unique enfant, écrasé par un automobiliste à une heure avancée de la nuit. Les accidents de la circulation font régulièrement parler d’eux au Cameroun. Les titres relatifs au sujet barrent de façon récurrente les Unes des journaux locaux. Le sang ainsi versé en fait perdre leur latin aux journalistes. Eux qui ne savent plus quelle formule inventer pour capter l’attention du lecteur, et par là même, le sensibiliser. « Hécatombe », « Carnage », « Accident mortel »… les mots sont éculés. Les lecteurs, blasés. Il faut plus que cela pour les faire frémir d’effroi. Et, c’est à cette sinistre compétition que semblent se livrer les automobilistes sur nos routes. Du coup, pas besoin des talents d’un apothicaire pour tenir les comptes de la grande faucheuse sur nos routes.
Les chiffres de l’horreur parlent d’eux-mêmes. Selon les statistiques disponibles au ministère de la Santé publique, les routes du pays enregistrent en moyenne 1200 décès par an. Dans le même temps, les compagnies d’assurances estiment les pertes matérielles y relatives à quelque 21 milliards francs Cfa par an. 500 milliards perdus, ces cinq dernières années. D’après l’Ong « Sécuroute », 15.000 personnes ont trépassé au Cameroun en 20 ans, des suites d’un accident de la circulation. 100.000 autres s’en sont tirées avec un handicap physique, alors que des millions de survivants traînent un traumatisme psychologique à vie. Des données collectées auprès de la fondation Jane and Justice présentent l’année 2008 comme la plus meurtrière des deux dernières décennies. En effet, entre le 1er janvier et le 30 octobre de ladite année, 849 cas d’accidents mortels ont été enregistrés pour 1280 morts et des milliers de blessés. Encore que ces chiffres sont en deçà de la réalité, car ne comptabilisant pas les accidents individuels. D’ailleurs les plus nombreux sur nos routes.
Des causes humaines d’abord
Ces drames sont la conséquence de bien d’erreurs. Humaines d’abord : imprudence, fatigue, excès de vitesse, mauvaise connaissance de la route et mauvaise appréciation des situations de la part des conducteurs. Selon des experts, 80% des accidents de la circulation sont dus aux négligences humaines. « Des personnes ne sachant pas conduire s’engagent souvent sur les grands axes. Oubliant que conduire un taxi dans la ville de Yaoundé ou un car sur la route de Soa ne vous donne forcément pas les capacités de conduire sur les axes dits lourds. C’est comme ça qu’un particulier ne disposant que d’une licence de transport urbain de huit personnes, sur un rayon de 40 km, s’est amusé à charger 60 personnes dans un gros porteur l’année dernière. 47 sont restées sur le carreau au bout de 100 km seulement », explique un responsable au ministère des Transports.
Après les causes humaines, dans la survenue des accidents, viennent ensuite les causes matérielles allant de l’état des routes à l’absence de vrais contrôles, en passant par la gestion approximative des agences de transport. Là, certains comportements sonnent le glas dès l’embarquement des voyageurs. Ce chauffeur qui engage le véhicule sur la voie en vidant une énième bière, les yeux lourds de sommeil ; ces pneus usés jusqu’aux filetages, ce bus réaménagé pour contenir 70 personnes au lieu de 50… devraient interpeller la conscience de toute personne prudente. Avisez-vous donc d’attirer l’attention du chef d’agence sur ces présages, il vous invitera vertement à acquérir votre propre véhicule.
C’est que l’impunité a si bien fait son lit dans ce secteur aussi que, l’impertinence et l’insolence y règnent en maîtres absolus. Elle est révolue l’époque où l’on croupissait en taule pour avoir percuté à mort un être humain. C’est pour cela que Confort voyage et les autres peuvent se permettre de revendiquer la réouverture de leurs funestes compagnies, au grand mépris des 30 vies qu’ils ont sacrifiées l’autre jour. Du côté de Mvan, on crie à l’injustice. Nous, à l’indécence.





