Avec ses talons aiguilles, tailleurs chics, mains parfaitement manucurées et baguées, elle détonne un peu dans ce monde de pelleteuses et d’engins lourds. Du haut de ses 58 ans, Elizabeth Nangah Ngalle est Pdg de PC International. Cette ancienne tenancière de galerie d’art, reconvertie dans le Btp, a réalisé un brillant parcours qui l’a amenée à fonder sa propre entreprise de travaux publics à la fin des années 1990. Autre femme, autre parcours avec Patricia Djomseu. D’origine camerounaise, la jeune dame réside en France où elle dirige une entreprise d’ingénierie industrielle et de fabrication de produits innovants pour l’industrie des transports : automobile, ferroviaire et aéronautique. Après des études supérieures (polytechnique, Hec, Grandes écoles, 3e cycle de gestion à Bordeaux IV, Sorbonne I, Ingénierie), elle crée d’abord une entreprise spécialisée dans les services numériques. Actuellement, sa structure conçoit et fabrique des ventilateurs silencieux, les ressorts de suspension véhicules. Elle travaille pour les grands constructeurs et équipe entre autres des trains. Tout à fait particulier, le parcours de la dame a été couronné par le Trophée de la femme d’affaires noire la plus méritante en 2004. Elizabeth, Patricia et leurs congénères sont à l’image de la femme camerounaise.
Entrées dans la vie active par la grande porte, elles ont multiplié leur présence dans tous les corps de métiers. Certes, un grand nombre embrasse encore les professions féminisées, de la secrétaire à l’institutrice, en passant par la caissière et l’infirmière : des rôles de « maman » de la société. Mais, par les choix audacieux de bien d’autres ont fait disparaître les domaines « réservés » aux hommes. De l’olympisme aux sciences et technologies les plus pointues, corps armés, haute administration, justice républicaine, représentation nationale, développement local, diplomatie… Les Camerounaises déploient leur génie créateur partout. Même le commandement, dernier bastion qui semblait encore faire de la résistance, a été pris par une gente féminine aux compétences avérées. Elles effectuent une percée fulgurante dans la préfectorale. De deux en 2006, elles sont désormais quatre à assumer les fonctions de sous-préfet. Avant cela, voir des femmes ministres, ambassadeurs, recteurs des universités, directeur général de société, colonel des armées, président de conseil d’administration ou remplir toute autre haute fonction dans la gestion des affaires publiques ne participait plus de l’étrange depuis belle lurette.
Finis les domaines réservés
Chaque année, le 8 mars est l’occasion de dresser un portrait de la femme moderne. En demi-teinte. On accumule alors les chiffres : 23 femmes à l’Assemblée nationale, 6 au gouvernement, 250 à la tête d’une entreprise… Par là même, elle joue un rôle de plus en plus important sur le marché du travail au Cameroun. « Cette montée en puissance s’explique par la confiance accrue que les femmes ont en elles-mêmes, favorisée de surcroît par une plus grande instruction, qui leur donne de réelles aptitudes à diriger efficacement des entreprises et à en créer. Certes, il y a des progrès à faire, mais l’augmentation de la proportion féminine dans des fonctions à hautes responsabilités est prometteuse », explique Huguette Bafakan, professeur de français au lycée d’Elig Essono. Ainsi donc, elles connaissent bien leurs dossiers et sont capables de prendre les bonnes décisions. Sorties des grandes écoles, il n’y a aucune raison qu’à valeur égale, les femmes camerounaises aient moins de chances d’être embauchées. Dans le pays, on assiste à une véritable volonté politique de promouvoir le genre féminin. Aussi, n’y a-t-il plus de secteur qui soit l’apanage de l’homme.
Les Camerounaises réussissent aussi bien que les hommes. Si ce n’est mieux que les hommes, dans tous les domaines d’activités. Que ce soit à la fonction publique ou dans le privé, les finances, les services, le commerce, l’industrie… elles ont largement fait leurs preuves. Au boulot et à la maison. Quels que soient leur fonction ou leur grade, toutes ces femmes ont su mener de front tout et le reste. Plus d’efforts au boulot. Les enfants et leurs problèmes, le frigo, les repas, le mari et son démon du midi, la belle-famille et ses intrigues, etc. Même si elles sont éreintées par leurs vies polymorphes en flux tendus et finissent la journée sur les genoux, les Camerounaises font face en toutes circonstances. Plus conquérantes donc, en public et en privé. En cela, elles sont toutes des femmes d’exception.





