«L’eau, c’est la vie ». Il y a encore quelques années, la déclaration servait de slogan à une entreprise dont le monopole était établi sur la production et la distribution de la précieuse boisson. Sur toute l’étendue du territoire national. Essentielle et indispensable à la vie, elle entraîne, un peu partout dans le monde, des tensions liées à l’augmentation des consommations du liquide. Alors que le Cameroun est un pays qui ne manque pas de ressources, la problématique de l’accès à l’eau potable concerne des millions d’individus. La desserte en eau y est des plus insignifiantes. C’est que le taux d’accès à la commodité s’élève à seulement 35% en milieu urbain. A l’origine de ces insuffisances, un déficit de 100.000m3/jour dans la production. Mais aussi, le coût élevé des branchements plus particulièrement pour les populations pauvres, l’insuffisance des canalisations héritées de la Société nationale des Eaux du Cameroun (Snec). Et surtout, la croissance exponentielle des villes.
En effet, la population sans cesse galopante a des conséquences sur l’extension de l’habitat. Et par là même celle des villes qui ne cessent de s’étendre. De nouveaux quartiers, de plus en plus éloignés du centre ville et des principaux axes routiers que côtoient les canalisations de la Camerounaise des Eaux (Cde), ont vu le jour en quelques années. A la périphérie de grands centres urbains, sont également venus se greffer les habitats spontanés et les bidonvilles. Compliquant ainsi l’équation de l’accès à une eau de qualité. Les besoins en eau des populations sont grandissants sur l’ensemble du pays. Si certains arrivent à avoir quelques gouttes, l’eau n’est pas souvent potable. Les populations du sud du pays, malgré l’abondance des cours d’eau et les fortes précipitations, sont logées à la même enseigne que celles du septentrion où les conditions climatiques ont un impact désastreux sur les ressources. Les limites des entreprises chargées de la production et de la distribution de l’eau potable sont passées par là.
Pourtant, quelques villes ont bénéficié de campagnes promotionnelles avec réduction de 50% des frais de raccordement. Malheureusement, ces opérations n’ont pas donné plus de résultats. Ainsi pour une ville comme Bafoussam, dans l’ouest du pays, l’on dénombrait seulement 13.511 abonnés pour une population de 360.745 habitants au terme de la campagne menée en 2005. « Les investissements pour le ravitaillement des populations en eau ne relèvent pas seulement des pouvoirs publics. Ce n’est pas non plus du seul domaine des entreprises chargées de la production et de la distribution. Toutes les structures en charge de la planification, tout comme les populations, devraient s’impliquer. Il y a des expériences remarquables comme celles d’Otélé où la communauté chrétienne a fait des adductions d’eau potable », explique un haut responsable de Cde invité sur une chaîne de radio locale, dans le cadre de la célébration de la Semaine nationale de l’eau.
Les enjeux de l’eau au Cameroun ne se limitent pas seulement à l’accès de tous à l’eau potable. Ils s’étendent aussi à l’assainissement, aux tensions croissantes sur les ressources, la gestion des eaux usées et les catastrophes liées à l’eau. Ils peuvent également être décrits en termes sanitaires, alimentaires, sociaux, environnementaux ou politiques. « L’eau est la première cause de mortalité et de morbidité au monde, de façon directe ou indirecte. Cela est valable pour notre pays aussi. De nombreuses maladies sont dues à la mauvaise qualité de l’eau : le paludisme, les diarrhées infantiles. Une épidémie comme celle du choléra, qui sévit en ce moment, peut se répandre très vite par le canal de l’eau. C’est pour toutes ces raisons que l’on dépense autant pour rendre l’eau qui coule au robinet propre à la consommation », explique un directeur à Cde. Sur le plan environnemental, la plupart des cours d’eau sont pollués en zone urbaine. Les ressources sont de plus en plus dégradées, alors que la demande augmente. Les perspectives laissent entrevoir une aggravation de ces tendances.





