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L’accès à l’eau potable: Un immense défi - « Nos actions ne se limitent pas qu’à Yaoundé et Douala » [interview]

Index de l'article
L’accès à l’eau potable: Un immense défi
« Nos actions ne se limitent pas qu’à Yaoundé et Douala » [interview]
Aux grands maux, de grands remèdes
Forages et puits comme plan B
Toutes les pages

« Nos actions ne se limitent pas qu’à Yaoundé et Douala » [interview]

Basile Atangana Kouna, directeur général de la Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater).

Ce 22 mars est la Journée mondiale de l’eau. Avons-nous des raisons de la célébrer ?

Nous avons toutes les raisons de célébrer cet événement. D’abord, le Cameroun est membre à part entière de l’Organisation des Nations Unies qui a institué cette journée. A ce titre, notre pays doit respecter le calendrier des activités élaboré par cette institution en vue de susciter, au sein de ses membres, le débat sur les questions d’accès à l’eau potable et prendre des mesures appropriées qui tiennent compte des orientations de la communauté internationale.

En quoi le thème de cette année, « L’eau pour les villes : répondre au défi urbain » vous interpelle-t-il ?

La Camwater se sent interpellée par ce thème non seulement parce qu’elle est en charge des investissements en matière d’eau potable en milieu urbain et périurbain, mais également parce que cette journée lui donne l’occasion de montrer au public les actions menées par les pouvoirs publics pour répondre à la forte demande en eau potable des populations vivant dans nos villes.

Comment jugez-vous aujourd’hui du niveau de desserte en eau potable au Cameroun ?

Il est en pleine évolution, grâce au programme décennal en cours d’exécution par CAMWATER. Vous savez que ce programme prévoit des investissements de l’ordre de 400 milliards de FCFA jusqu’en 2018. En moins de deux ans, nous avons déjà mobilisé auprès des bailleurs de fonds et les partenaires au développement des concours extérieurs de l’ordre de 220 milliards. Ce programme d’investissement s’exécute normalement et a déjà permis de réaliser de nouvelles infrastructures et de réhabiliter plusieurs autres existantes. A Douala, par exemple, CAMWATER a déjà, sur financement de Eximbank of China, construit l’usine d’eau potable de Yato adossée sur le fleuve Moungo, d’une capacité de production de 50 000 m3/jour, réalisé des forages urbains et réhabilité certains forages du champ captant de Massoumbou. Ces travaux ont évidemment induit un accroissement de la production d’eau potable de plus de 75% dans la capitale économique. D’autres travaux qui seront également financés par un crédit de Eximbank of China, d’un montant de FCFA 44,605 milliards sont en cours pour l’extension de cette usine afin qu’elle produise 100 000m3/jour supplémentaires. A Yaoundé ont été lancés hier les travaux de construction d’une nouvelle usine d’eau potable adossée sur la Mefou. Elle aura une capacité de 50 000 m3/jour et pourra atténuer le déficit observé actuellement dans cette ville. Ce projet est financé conjointement par l’Agence Française de Développement (AFD) et la Banque Européenne d’Investissement (BEI) à hauteur de FCFA 66 milliards. D’autres travaux de réhabilitation seront effectués à l’usine d’Akomnyada ainsi que des extensions de réseau en vue d’atteindre le cap de 200 000 m3/jour d’ici 2013. Les villes secondaires ne sont pas oubliées. Près de 70 localités sont déjà inscrites dans le programme d’investissement et les travaux ont déjà démarré dans la plupart de ces localités.

Même dans les villes desservies, les pénuries d’eau sont récurrentes, comme par exemple à Yaoundé. Qu’est-ce qui pose problème dans cette ville et quelles perspectives pour en sortir ?

Le problème des pénuries d’eau actuellement observées à Yaoundé s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, par la saturation de l’usine d’Akomnyada, construite sur le Nyong, près de Mbalmayo. Cette usine mise en service dans les années 1986 a été conçue pour couvrir les besoins en eau de Yaoundé jusqu’ à l’horizon 2005. La capacité de production de cette usine estimée à 100.000 m3/jour ne couvre plus malheureusement aujourd’hui la demande réelle de l’ordre de 200.000m3/jour dans cette ville. Ensuite, il y a des facteurs exogènes tels que le rétrécissement du lit du fleuve Nyong, source de captage de l’eau brute de l’usine d’Akomnyada. A cela, il faut ajouter un ralentissement des investissements du fait de la crise économique qu’a connu le Cameroun, ces derniers temps. Pour remédier au déficit d’alimentation en eau potable dans la ville de Yaoundé, CAMWATER a pris l’option de reconstruire l’usine abandonnée sur la Mefou. Parallèlement, un décanteur supplémentaire sera construit à l’usine d’Akomnyada pour augmenter la capacité de production, l’objectif à terme étant de doubler le volume d’eau à destination de Yaoundé. Ce volume devra passer de 100 000 m3/jour actuellement à 200 000 m3/jour à l’horizon 2013.

Parlant de l’usine de Yato à Douala, on a l’impression que depuis l’explosion de la canalisation sur le pont du Wouri, à peine 20 000 m3 sont distribués au quartier Bonabéri, alors que sa capacité de production est de 50 000. A quoi cela sert-il de produire pour ne pas redistribuer ?

Le quartier Bonabéri qui a longtemps été mal desservi en eau est l’un des bénéficiaires majeurs de la production d’eau de l’usine de Yato en raison de sa proximité géographique avec cette infrastructure. Ce quartier reçoit environ la moitié de la production de Yato, soit 20 000 m3/jour, et l’autre moitié qui transite sous le pont sur le Wouri, est refoulée vers les autres quartiers de la ville de Douala. L’incident de la casse de la vieille canalisation en fonte grise de diamètre 350 millimètres posée sous le tablier du pont sur le Wouri a été rapidement maîtrisé. Il a quelque peu influencé la distribution de l’eau produite par l’usine de Yato. Grâce à un financement de DEXIA Banque de Belgique, les travaux sont en cours en vue du remplacement de l’ancienne conduite ; ce qui permettra de sécuriser définitivement l’acheminement de l’eau potable vers la ville de Douala.

On a le sentiment que votre action se limite à Yaoundé et Douala. Que faites-vous pour les autres parties du pays où la demande est aussi forte ?

Nos actions ne se limitent pas qu’à Yaoundé et Douala. D’autres localités périurbaines sur toute l’étendue du territoire national sont prises en compte dans notre programme. Par exemple, des travaux d’adduction d’eau potable dans les villes secondaires d’Edéa, de Bertoua et Ngaoundéré, financés conjointement par l’AFD et la BEI vont démarrer au courant du quatrième trimestre 2011. Les travaux programmés dans le cadre de ce projet devraient être entièrement réalisés au 31 décembre 2013. Dans le cadre du PDUE financé par l’Association Internationale pour le Développement à hauteur de 14,7 milliards de FCFA pour le crédit initial et 2,3 milliards de FCFA par le Global Partnership for Output-Based Aid, des travaux de réhabilitation d’urgence des installations hydrauliques existantes, des extensions de réseau de distribution d’eau potable et des branchements sociaux dans les centres secondaires seront également exécutés au courant de cette année par CAMWATER. En outre, le projet financé par Dexia Banque de Belgique d’un coût d’environ 39,5 milliards de FCFA permettra de procéder à la réhabilitation, au renforcement et à l’extension des systèmes d’adduction d’eau d’une quarantaine de centres déjà équipés, et à l’équipement d’une dizaine de villes « non équipées ». Ce crédit est débloqué par tranches successives. Les travaux réalisés par le groupement d’entreprises belges BALTEAU/ASPAC INTERNATIONAL ont démarré en octobre 2010 dans cinq villes pour un délai de dix huit mois. Les villes de Limbé, Buéa, Yaoundé, Meyomesala, Tokombéré, Tonga, Bikok, Ngomedzap et Nanga Eboko sont financées par les tranches 2 et 3 du crédit, pour une durée de réalisation des travaux de 36 mois. Egalement, dans le cadre du financement de la Banque Africaine de Développement (BAD) d’un montant de FCFA 22 milliards des adductions d’eau potable de 18 centres secondaires seront dès cette année réhabilités. Enfin, d’autres projets qu’il serait fastidieux de citer ici, sont cours de réalisation sur fonds propres. Au final, il s’agit d’un faisceau d’actions qui touchent toutes les régions du pays avec pour seul objectif, l’amélioration de la desserte en eau potable des populations en milieu urbain et périurbain.

L’AAE (Association africaine de l’eau) vient de tenir ses assises statutaires à Douala (du 28 février eu 4 mars dernier). Que faut-il en retenir ?

J’en retiens d’abord la participation effective des représentants de tous les pays membres de l’association. Ensuite la qualité des débats, axés sur «Partenariat et innovation, clé du développement des sociétés d’eau et d’assainissement en Afrique», a donné l’occasion aux participants d’échanger leurs points de vue sur une problématique d’actualité en Afrique. Dans leurs travaux, les panélistes ont mené des discussions pour rechercher des voies et moyens susceptibles de soutenir et d’accroître les investissements capables de satisfaire à la forte demande en eau potable des populations dans la plupart des pays membres de l’AAE. Des pistes ont également été examinées en vue de trouver des solutions adéquates aux problèmes liés à l’assainissement qui prend déjà une certaine ampleur en Afrique. L’option du partenariat public-privé retenue par certains pays tels que le Sénégal et le Cameroun est l’une des voies qui mérite d’être davantage explorée. En tout cas, lors du congrès de l’AAE prévu l’année prochaine à Marrakech au Maroc, les réflexions engagées à Douala seront approfondies.

Propos recueillis par Alex MIMBANG


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